Guide complet

Vendre avec émotion

Vendre avec émotion ne demande pas d'en mettre plus dans ta voix. Ça demande de faire de la place à ce que ressent la personne en face.

Par Mathis Migneret Mis à jour le 8 min de lecture

Ce que « vendre avec émotion » veut dire

Deux images viennent en tête quand on entend ces mots. Le vendeur enthousiaste qui monte le ton. Le discours qui fait monter les larmes. Aucune des deux ne fait décider quelqu'un.

Vendre avec émotion, c'est tenir compte de ce que la personne ressent au moment où elle décide. Sa peur de se tromper. Son envie que ça change. Sa fatigue d'avoir déjà essayé. Ces émotions sont là, que tu les écoutes ou non. La seule question est de savoir si tu fais avec, ou si tu parles par-dessus.

Le pourquoi, ce que la recherche a établi sur l'émotion et la décision, est développé dans le guide sur la vente émotionnelle. Ici, on reste dans le concret : ce que tu fais, phrase après phrase, dans une vraie conversation.

L'émotion qui compte est celle de l'autre

L'erreur la plus répandue consiste à croire que vendre avec émotion, c'est transmettre la sienne. Ton enthousiasme pour ton offre ne fait décider personne. Il place même la personne en spectatrice de ta conviction.

Ce qui fait décider, c'est ce que la personne ressent à propos de sa propre situation. Ton rôle est de l'aider à le voir clairement. Pas de lui prêter tes émotions.

L'émotionCe qu'elle fait dans l'appel
Ton enthousiasmeIl te rassure, toi. Il ne rassure pas la personne en face.
Sa frustration actuelleElle explique pourquoi elle a pris rendez-vous.
Sa peur de se tromperC'est elle qui bloque la décision.
Son envie d'autre choseC'est elle qui la fera avancer.

Créer la connexion dès les premières minutes

La connexion ne se décrète pas avec une question sur la météo. Elle vient de trois choses simples, et aucune n'est une technique.

Un cadre clair

Annonce comment l'appel va se dérouler, combien de temps il va durer, et qu'il se terminera par une réponse claire. Une personne qui sait où elle va se détend. Une personne qui se demande quand arrive le moment où on va lui vendre quelque chose reste sur ses gardes pendant quarante minutes.

Une voix qui sourit

En 2018, une équipe de l'IRCAM et du CNRS menée par Pablo Arias, Pascal Belin et Jean-Julien Aucouturier publie dans Current Biology une étude sur le sourire entendu. Les participants écoutent des voix enregistrées, sans voir aucun visage. Ils reconnaissent les voix souriantes. Et leurs propres muscles du sourire s'activent en réponse, sans qu'ils en aient conscience.

Au téléphone, c'est concret. Ton état s'entend, et il se transmet. Un sourire forcé ne sert à rien. Être vraiment content de parler à la personne, si.

Une vraie curiosité

La première question doit être large et laisser la personne choisir par où commencer. « Raconte-moi où tu en es aujourd'hui. » Puis tu te tais. C'est dans ce silence qu'elle décide de te parler pour de vrai, ou de rester en surface.

S'accorder à l'autre, sans le singer

En 2008, William Maddux, Elizabeth Mullen et Adam Galinsky publient dans le Journal of Experimental Social Psychology une étude sur le mimétisme en négociation. Des étudiants en MBA négocient la vente fictive d'une station-service, avec des positions de départ incompatibles. Une partie des négociateurs a pour consigne de reprendre discrètement les attitudes de l'autre.

Avec ce mimétisme, 10 paires sur 15 trouvent un accord, soit 67 %. Sans, 2 paires sur 16, soit 12,5 %.

La limite doit être dite : les échantillons sont petits, et c'est une négociation de laboratoire. Le sens du résultat est solide, les pourcentages ne sont pas à transposer tels quels à tes appels.

Ce que j'en retiens n'est pas une technique. Copier les gestes de quelqu'un se remarque, et ça casse exactement la confiance que tu cherchais. Ce qui marche, c'est de s'accorder : ralentir avec quelqu'un de posé, aller plus droit au but avec quelqu'un de pressé, et surtout reprendre ses mots plutôt que les tiens.

Écouter l'émotion sous les mots

Les gens disent rarement ce qu'ils ressentent. Ils le laissent entendre. Quelques phrases qui reviennent souvent, et ce qu'elles peuvent cacher :

Ce qu'elle ditCe qu'elle laisse peut-être entendre
« J'ai déjà essayé plein de choses »La peur de se tromper encore une fois
« Je veux juste quelque chose de stable »La fatigue de l'incertitude
« Mon entourage ne comprend pas »Le besoin d'être pris au sérieux
« Je ne sais pas si c'est pour moi »Un doute sur sa propre légitimité

Ce sont des pistes, jamais des certitudes. On ne les plaque pas sur la personne : on vérifie. La façon la plus simple est de nommer ce que tu crois entendre, et de demander.

« J'ai l'impression que tu as surtout peur de refaire la même erreur. Je me trompe ? »

Si tu as vu juste, la personne se sent comprise, souvent pour la première fois de l'appel. Si tu t'es trompé, elle te corrige. Dans les deux cas, tu sais quelque chose de plus.

Trouver ce qui compte vraiment pour elle

Derrière un objectif annoncé, il y a presque toujours une valeur. Quelqu'un dit qu'il veut gagner plus. En creusant, on découvre qu'il ne supporte plus de demander l'autorisation pour poser une journée. Ce qu'il cherche, c'est la liberté. Pas un montant.

Ce n'est pas un détail. On ne se bat pas pour un chiffre. On se bat pour ce qu'il représente : être fier de soi, mettre sa famille à l'abri, arrêter de subir.

Une question suffit souvent à passer de l'objectif à la valeur :

« Et si tu y arrivais, qu'est-ce qui changerait concrètement dans ta semaine ? »

Raconter une histoire, quand elle sert

Une histoire vraie fait parfois plus qu'un argument. Mais seulement si elle parle de la personne, pas de toi.

Trois règles :

  • Elle est vraie. Jamais inventée, jamais embellie.
  • Elle est courte. Une minute, pas cinq.
  • Elle ressemble à ce que vit la personne. Sinon c'est un monologue.

Quand quelqu'un doute d'être capable, je peux lui raconter mon premier mois de closer. Zéro vente. La peur réelle d'avoir fait la pire erreur de ma vie en quittant le chantier. Je ne la raconte pas pour parler de moi. Je la raconte parce que ce doute, la personne en face est en train de le vivre, et qu'elle a besoin de savoir qu'il ne dit rien du résultat final.

Le témoignage d'un élève qui partait du même endroit fonctionne pour la même raison. Les parcours sont ici, avec leur point de départ.

Aider à se projeter, sans faire peur

La projection, c'est aider la personne à se représenter sa vie une fois le changement fait. C'est le moment où la décision se forme, bien avant qu'on parle d'offre ou de prix.

« Dans un an, si ça a marché, ta journée ressemble à quoi ? »

Il y a aussi l'autre côté : ce que la situation actuelle coûte. Aider quelqu'un à le mesurer n'est pas jouer sur la peur. Sans conscience du problème, il n'y a pas de décision possible.

La limite est simple. Tu peux aider quelqu'un à voir ce qui existe déjà. Tu ne peux pas inventer une douleur, ni l'amplifier au-delà du réel.

Laisser la décision à la personne

Vendre avec émotion ne veut pas dire attendre que la personne se décide toute seule. Tu demandes une réponse claire. Oui ou non, les deux sont acceptables.

Ce qui ne l'est pas, c'est le flou. Le « je vais y réfléchir » qui laisse la personne avec sa question sans réponse. La façon de l'éviter sans forcer est détaillée dans le guide sur le closing sans forcer.

Ce que vendre avec émotion n'autorise pas

Plus tu comprends ce que ressent quelqu'un, plus tu as de prise sur lui. C'est exactement pour ça que la limite doit être claire.

  • Jouer sur la honte ou la culpabilité
  • Inventer une douleur, ou grossir celle qui existe
  • Créer une fausse complicité (« on est pareils, toi et moi ») pour faire baisser la garde
  • Utiliser une confidence faite pendant l'appel comme levier au moment du prix
  • Pousser quelqu'un qui n'a pas les moyens à s'endetter

Un seul test tranche : est-ce que la personne serait contente de sa décision si elle savait exactement ce que tu sais ? Il est développé dans la vente sans forcer.

Les erreurs les plus fréquentes

Surjouer l'enthousiasme

Plus tu en mets, moins on te croit. À plusieurs milliers d'euros, personne ne veut d'un vendeur qui survend.

Raconter sa vie

Ton histoire n'a de place que si elle éclaire celle de la personne. Sinon, elle lui vole du temps de parole.

Interpréter sans vérifier

Tu crois entendre de la peur. C'est peut-être de la fatigue. Pose la question au lieu de construire la suite de l'appel sur une hypothèse.

Absorber l'émotion de l'autre

Comprendre ce que ressent quelqu'un ne veut pas dire le ressentir avec lui. Si tu absorbes sa détresse, tu ne peux plus l'aider à voir clair. C'est la différence entre empathie et contagion émotionnelle, développée dans le guide sur l'intelligence émotionnelle dans la vente.

Questions fréquentes

Vendre avec émotion, est-ce de la manipulation ?

Non. La manipulation pousse quelqu'un vers une décision qui ne l'arrange pas. Vendre avec émotion aide la personne à voir clairement ce qu'elle ressent et ce qu'elle veut. Si sa réponse est non, on la respecte.

Faut-il être quelqu'un d'émotif pour vendre avec émotion ?

Non. Il faut être attentif, pas expressif. Les personnes calmes y arrivent souvent mieux, parce qu'elles laissent de la place à l'autre.

Quelle différence avec la vente émotionnelle ?

La vente émotionnelle est le principe et ses fondements : pourquoi l'émotion fait décider. Vendre avec émotion, c'est la pratique : ce que tu fais concrètement dans une conversation.

Est-ce que ça marche aussi en B2B ?

Une entreprise ne décide pas, ce sont des personnes qui décident. Leurs émotions portent sur d'autres choses (le risque de se tromper devant sa hiérarchie, la charge de travail), mais les mêmes principes s'appliquent.

Peut-on vendre avec émotion par écrit ?

Oui. En message ou par email, les principes restent les mêmes : poser une vraie question, reprendre les mots de la personne, la laisser répondre avant de proposer quoi que ce soit.

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